L’écho de la Carrière

La compagnie Étrange Miroir avec son spectacle Mother Border

Le collectif Étrange Miroir est un collectif nantais créé en 2011, dont la philosophie, proche de celle d’un laboratoire, est d’expérimenter de nouvelles formes artistiques et documentaires.

Plus qu’il n’apporte de réponses préconçues, le travail d’Étrange Miroir interroge de manière transversale la notion de frontière(s) : frontières artistiques, frontières sociales, frontières institutionnelles, frontières migratoires . « Parler de l’autre, c’est parler de soi, d’où l’Étrange Miroir ».

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

« Le collectif Étrange Miroir a, au cœur de sa démarche, l’utilisation de l’art à des fins documentaires, avec l’ambition d’engager chez le spectateur une réflexion sociale et citoyenne.

Nos différentes réalisations tissent des passerelles entre recherche et monde artistique, avec une double ambition : d’être exigeant aussi bien sur le plan créatif que scientifique.

Mêlant dans sa pratique différents univers à la fois visuels, musicaux, littéraires, vivants, numériques et documentaires, Étrange Miroir propose depuis 2011 des projets artistiques originaux, à la fois documentaires et sensibles. »

Comment avez-vous entendu parler de l'évènement Complètement Nantes ?

« Par l’association La Griffe, à qui a été confiée la programmation culturelle. Nous avons été invités à participer aux animations directement sur le site. »

En quoi consiste le spectacle Mother Border, quel message veut-il faire passer ?

« Notre avons voulu montrer que la migration n’est pas un « problème » spécifique, mais plutôt une composante transversale de la société.

Le projet Mother Border est né de la rencontre en 2012 avec un jeune homme, Hichem, tunisien sans papier, arrivé peu après la révolution et la chute de Ben Ali. Nous étions alors bénévoles à la Cimade, il venait de subir des violences en garde à vue (il avait le coude cassé) et nous avons rédigé ensemble une plainte adressée au défenseur des droits.

Par la suite, on s’est revu plus simplement autour d’un café, pour apprendre à se connaître. Nous sommes devenus ami. Ensuite tout est allé très vite, nous avons enregistré son témoignage, puis il s’est fait de nouveau arrêter puis renvoyer en Italie.

Le spectacle raconte donc tout cela et transmet donc un sentiment d’injustice. Les politiques migratoires peuvent non seulement bousiller plusieurs années de vie, puisque les personnes sans papiers sont en quelque sorte condamnées à survivre en dehors de nos sociétés, mais elles peuvent aussi avoir pour conséquence de nous priver d’une amitié.

Enfin, plus largement, ce spectacle constitue aussi une photographie d’un moment de l’histoire des politiques migratoires en Europe. En effet, nous évoquons aussi la façon dont l’Europe a réagi au moment de la révolution tunisienne. À l’époque on saluait le courage des Tunisiens, mais on ne souhaitait pas pour autant leur ouvrir nos frontières.

Cette photographie raisonne donc encore tout particulièrement aujourd’hui. »

Venez découvrir Les Reflets de l’extraordinaire quotidien et rencontrer les artistes le samedi 5 mai à 21h !